Titre : Moondog


LES INTERVIEWS DU PROGRAMMATEUR : MOONDOG (TRANS 1988)


Retranscription interview Moondog

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Émission diffusée le 10 Octobre 2014 sur Canal B.

 ➜ La page de MOONDOG

AUTRES ARTISTES CITÉS :

Ubik
Mr. Scruff

EXTRAITS JOUÉS DANS L'ÉMISSION :

Bird's Lament – Moondog (Moondog, Columbia Masterworks [CBS] , 1969)
Stamping Ground – Moondog (Moondog, Columbia Masterworks [CBS] , 1969)
INCOMPLET >> manque deux extraits

 

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Jean-Louis Brossard : L'idée d'inviter Moondog m'est venue de son premier album chez CBS, "Moondog" - Sony à l'époque -, que j'avais trouvé à Londres en faisant les disquaires. C'est un disque que je cherchais depuis pas mal d'années et que je ne trouvais pas en France. J'ai réussi à le trouver là-bas et je l'ai ramené à la maison. Je l'ai écouté en boucle. Cet album était avec un orchestre symphonique. C'était la première fois que Moondog avait les moyens de faire vraiment quelque chose... et de vraiment exprimer sa musique avec un orchestre.

Avec Hervé et Béatrice on s'est dit "Tiens mais au fait, ce garçon est-il toujours vivant ?", parce que sur la pochette de l'album il fait déjà vieux, avec sa grande barbe blanche et ses cheveux blancs. On s'est aperçus qu'effectivement il était toujours vivant, et qu'il vivait en Allemagne. On s'est donc renseignés, on a été à Paris rencontrer Jean-Jacques Lemaître qui avait déjà dirigé Moondog une dixaine d'années avant et qui était toujours en contact avec lui. Puis on a commencé à bosser ensemble. Il avait vu Moondog qui était interessé, maintenant il fallait choisir les morceaux qu'il allait faire, choisir l'orchestre et les musiciens additionnels... Ça a été tout un travail.

Je me rappelle que dans les musiciens additionnels il y avait Gilbert Artman, l'ancien batteur de Lard Free qui est aussi le créateur de Urban Sax. C'est assez marrant parce que c'était la première fois que Moondog travaillait avec un musicien qui ne lisait pas la musique, mais ça s'est très bien passé avec Gilbert qui jouait de la batterie et des percussions.

Moondog est arrivé à la gare, accompagné par Ilona Goebel, sa compagne de l'époque. Elle s'occupait de lui. Il faut savoir que Moondog évidemment est aveugle donc elle le prend par le bras etc. Puis on est allés manger dans un restaurant tout près de la gare. C'était quand même déjà une certaine émotion de voir le monsieur parce qu'il est très grand, il mesure au moins un mètre 90, avec sa barbe blanche, ses cheveux blancs etc. Puis il avait un espèce de petit bonnet sur la tête. On va manger au restaurant et là avant le repas Moondog fait une chose absolument incroyable, qui m'a fait pleurer parce que j'étais très ému : il a pris sa barbe qu'il a mis à l'intérieur de son pull, donc ça lui faisait une drôle de tête... et il a mangé évidemment avec les doigts.

   "Il y a toute une génération de musiciens de maintenant qui connaissent Moondog alors qu'il est décédé et qu'ils n'ont jamais pu le voir en concert. Il reste quand même une icône très forte pour la nouvelle génération."

Il est resté à peu près une quinzaine de jours à Rennes. Je suis allé aux répés, les musiciens étaient un peu verts : déjà Jean-Jacques Lemaître est un mec assez baraqué, assez grand, avec une grande barbe comme Moondog, c'est la première fois qu'il voyait un mec qui dirige un orchestre avec ce look un peu bestial. Je me rappelerai toujours ce morceau de Moondog qui est une ode à Charlie Parker : à un moment il y a un petit solo de saxophone. Le professeur de l'école de musique de Rennes était au même pupitre avec un autre saxophoniste, un de ses élèves. Jean-Jacques lui fait refaire le morceau plus d'une fois et lui dit : il faut que tu donnes un feeling jazz à ta partie d'alto, il faut que ça sonne comme ça ! Le mec n'y arrivait pas, alors au bout d'un moment Jean-Jacques prend le saxo du mec et fait le truc. (rires) Les mecs étaient verts. Il se trouve que Jean-Jacques est un mec qui joue du basson -un des instruments les plus difficiles au monde-, et c'est un mec qui jouait de 200 instruments, un type assez incroyable quoi. Je ne suis pas sur que les musiciens aimaient bien tout ça, il n'avaient déjà pas l'habitude de jouer avec le compositeur sur scène. 

On avait organisé deux soirée à l'opéra de Rennes et lors de la première il y avait une équipe vidéo qui filmant Moondog. Ils l'avaient aussi filmé dehors, dans une forêt à côté parce qu'il avait un côté un peu druide, barde, un côté un peu viking aussi et Moondog, ça l'intéressait assez d'aller toucher des arbres dans les forêts.


 © Richard Dumas

Les types ont fait un documentaire et ils n'avaient le droit de filmer que pendant 20 minutes, sauf que nous on ne le savait pas. Cette équipe état donc en train de filmer, je regardais la scène, ils jouaient un des courts morceaux de Moondog. Le grand orchestre est là et à un moment j'entends : "iiiiiiiiiiiiiiii". Que se passe-t-il ? Je regarde dans une des loges, le premier violon avait quitté la scène et jouait faux. Il était là "ignigniiiiii" alors hop, tout le monde s'arrête et tout le monde quitte effectivement la scène, sauf Moondog, les musiciens additionnels qu'on avait pris et Philippe Maujard, chanteur d'Ubik qui a accompagné Moodog et qui faisait la traduction lorsqu'il avait quelque chose à dire aux musiciens. L'orchestre avait quitté la scène pour des raisons syndicales, on n'avait pas le droit de les filmer. T'imagines le truc, il y a de quoi criser : pour la première fois ces mecs travaillent avec un compositeur qui est là, en plus le type est aveugle, il est américain donc ne parle pas ta langue... c'est absolument abominable quoi ! 

Le concert a repris, Moondog les a arrêté une autre fois parce que les violons étaient partis trop vite, il avait tapé sur son énorme tambour. Après on est devenus dingues, on a décidé d'annuler la date du lendemain. Moondog je pense qu'il aurait aimé la faire, je trouve qu'on a été con... franchement je m'en veux. On s'en veux tous les trois je pense. Après l'orchestre a splitté, ça a quand même fait scandale, ça a été repris par les télévisions, il y a eu un plateau France 3 après... Enfin voilà, c'est un peu dommage.

On a réussi à avoir quelques enregistrements du concert, il y avait quand même des choses intéressantes.  On voyait Moondog chanter "Paris Paris mon ami", ça a été quand même un grand moment des Trans pour nous. Ce qu'il y a de bien avec Moondog, c'est que c'est un type dont je peux parler à n'importe quel musicien que je rencontre lors des concerts à l'Ubu ou aux Trans. Tu dis "j'ai connu Moondog" à Matthew E. White et il se dit "je connais l'homme qui a vu l'homme", le mec il est gros fan donc tu lui parles du bonhomme il est vert quoi ! Parce qu'effectivement il y a toute une génération de musiciens de maintenant qui connaissent Moondog alors qu'il est décédé et qu'ils ont jamais pu le voir en concert. Il reste quand même une icone très forte pour la nouvelle génération.

Mr. Scruff avait samplé Moondog, je m'en rappelle parce que j'avais fait Scruff au Liberté haut à l'époque. Pour l'anecdote, c'est lui qui terminait la soirée, il était 6h du mat' et à 6h on arrête. Ca faisait déja quand même des longues soirées, donc les techniciens qui sont là me disent "tu peux dire à Scruff que ça serait bien que ça soit son dernier titre ?" donc je vais voir Scruff, je lui dis : écoutes, on va pas tarder à arrêter, ça va être l'heure. Il me dit "je peux en mettre encore un Jean-Louis?". Je demande lequel et il me sort évidemment le premier album de Moondog de chez CBS (Sony quoi). Je dis : bah ouais ! Il a mis le morceau original de Moondog et c'était la fin de son set. 

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